LA FRATRIE

QUOI FAIRE

Informer les frères et sœurs de la mort de votre bébé n’est pas une tâche facile.

Il est fort probable que jusqu’à présent, vous n’ayez pas eu l’occasion d’aborder le sujet de la mort avec vos enfants ni réfléchi à la manière dont vous auriez aimé le faire. Comme tous les parents, vous ne voulez pas provoquer la tristesse de vos enfants et vous auriez souhaité leur éviter d’être confrontés à la mort. Cela peut ajouter un stress additionnel dans un moment où vous vous sentez déjà éprouvé.

Ne remettez pas l’annonce à plus tard

Vous pourriez être tenté de remettre à plus tard les explications difficiles, mais sachez qu’informer les enfants de la mort du bébé le plus rapidement possible est préférable. Ce qu’on cache aux enfants, même avec la meilleure intention du monde, a tendance à insécuriser et à rendre anxieux, car l’enfant perçoit ce qui affecte ses parents sans comprendre de quoi il s’agit. Qui plus est, bien des parents ont informé les frères et sœurs de la grossesse et les ont impliqués dans les préparatifs de la venue du bébé à venir, qu’eux aussi attendaient.

Aborder avec eux la mort du bébé permet de mettre des mots sur ce qu’ils ne comprenaient pas et donne un sens à ce qui se passe. Les enfants perçoivent ainsi que leurs parents sont présents, même s’ils sont tristes, et qu’ils les accompagnent dans leur processus de deuil.

Les parents devraient en faire l’annonce

Il est préférable que ce soit un des parents ou les deux qui annoncent la nouvelle, plutôt qu’une tierce personne. Vous pourrez alors contrôler la manière dont la mauvaise nouvelle leur est annoncée. Annoncez la nouvelle à tous vos enfants en même temps, si possible. Même si les plus jeunes comprennent plus difficilement que les plus âgés, ils sentent qu’ils participent à ce qui se passe et les enfants peuvent s’aider les uns les autres.

Faut-il montrer le bébé ?

Tout comme vous, les frères et sœurs attendaient la venue du bébé et ce dernier prenait une place importante dans leur vie. Ils peuvent éprouver l’envie de faire connaissance, eux aussi, avec ce bébé. Et comme les adultes, la vue du bébé mort rend les choses tangibles et facilite la compréhension des événements. Les enfants, même jeunes, ne seront pas effrayés ou traumatisés s’ils sont bien préparés à voir le bébé décédé.

Choisissez aussi un moment où vous vous sentirez plus calmes et que vous pourrez accorder plus d’attention aux enfants pour leur présenter le bébé. Vous pouvez aussi prendre des photos d’eux avec le bébé et des photos de familles. Les enfants se sentiront valorisés et fiers de sentir qu’ils sont intégrés à un événement aussi important et cela renforcera le lien parent-enfant. Si les enfants n’ont pas pu voir le bébé, vous pouvez leur montrer des photos que vous aurez prises.

Comment et quand l’annoncer

Choisissez un lieu sécurisant et prenez soin des enfants en leur tenant la main, en les plaçant près de vous. Parlez doucement en commençant par ce que les enfants connaissent déjà, comme la grossesse, la préparation de la venue du bébé, l’hospitalisation de la mère, etc. Expliquez ensuite ce qui s’est passé, ce qui a causé la mort avec des mots simples. Il est important d’employer le terme « mort » plutôt que d’utiliser des métaphores comme « aller au ciel », « faire un long dodo » que les enfants pourraient prendre au premier degré. Ils pourraient alors avoir peur que la même chose leur arrive.

Voyez l’annonce comme un moment privilégié durant lequel les enfants auront l’occasion de poser des questions, de faire part de leurs sentiments. Les enfants ont besoin d’entendre que personne n’est responsable de la mort du bébé et que personne ne lui a fait mal. Laissez les enfants poser des questions s’ils le souhaitent. Tentez de comprendre le sens de leurs questions sans devancer sur ce qu’ils veulent savoir. Il faut que les enfants sentent qu’ils peuvent parler de la mort du bébé et de ce qu’ils ressentent librement.

On ne devrait pas cacher sa peine devant les enfants

Les enfants apprennent en imitant, c’est pourquoi la façon dont les parents font leur deuil leur sert de modèle. Si par exemple, vous gardez un visage joyeux devant eux, pour ne pas les attrister davantage, ils pourraient comprendre que la mort de quelqu’un n’est pas grave ou que l’être perdu a peu de valeur aux yeux de ses parents. Si, au contraire, les parents expriment ouvertement leurs sentiments, même ceux considérés comme négatifs en société, comme la colère, la tristesse, les parents montrent qu’il est possible d’exprimer ce qu’on ressent.

Vous pouvez aussi mettre des mots sur ce que vous ressentez, expliquer que pleurer fait du bien quand on est triste et quand une personne qu’on aime meurt, on a beaucoup de peine. Vous pouvez aussi ajouter qu’avec le temps, vous vous sentirez mieux et que la joie reviendra.

Comment les enfants perçoivent-ils la mort ?

Le deuil s’exprime différemment chez l’enfant de chez l’adulte et varie selon l’âge. La plupart du temps, les enfants manifestent leur deuil par leur comportement plutôt que par la parole. C’est pourquoi il ne sert à rien de vouloir remédier à un comportement gênant. Laissez-leur du temps et maintenez la routine le plus possible. Ils se sentiront plus sécurisés. Il faut être empathique, plus tolérant tout en conservant les limites que vous fixez habituellement.

  • Avant deux (2) ans, l’enfant ne comprend pas la mort, mais réalise que quelque chose d’important est arrivé dans sa famille. Les tout-petits sont sensibles à ce qui se passe autour d’eux et détectent les changements dans l’attitude de leurs parents. Ces changements les insécurisent. Même quand on s’adresse à un tout petit, il est possible de mettre des mots simples sur ce qu’on ressent. Il comprendra l’essentiel et se verra rassuré.
  • Entre deux (2) et cinq (5) ans, les enfants croient que la mort est réversible. Leurs jeux intègrent souvent la mort et par exemple, celui qui est mort se relève et continue à jouer l’instant d’après.
  • Entre cinq (5) et neuf (9) ans, les enfants n’ont pas encore assimilé le caractère définitif de la mort et pensent que l’être aimé va revenir.
  • Après neuf (9) ans, les enfants comprennent le caractère définitif de la mort et que tout le monde meurt un jour.

Adapté du livre « LES RÊVES ENVOLÉS » Éditions de Mortagne 2005 par Suzy Fréchette-Piperni, B.Sc., Infirmière spécialisée en deuil périnatal

Pour les aider, vous pouvez lire ensemble des livres adaptés à leur âge. Vous trouverez quelques suggestions dans notre bibliothèque virtuelle sur Pinterest 

Les enfants nés après le deuil de leur grand frère ou grande sœur

Il peut être difficile de comprendre ce qui s’est passé pour les enfants qui naissent après la disparition de votre bébé. Et c’est bien normal, puisqu’ils n’ont pas vécu la grossesse ou attendu le bébé disparu. La mort de votre enfant est un bouleversement important qui a des répercussions dans le temps et que les enfants suivants peuvent ressentir sans totalement l’appréhender. Ils peuvent avoir de la difficulté à comprendre les événements, en particulier si la famille en parle peu avec eux. Pourtant, ce grand frère ou cette grande sœur fait partie de l’histoire familiale, même s’il ou elle n’est pas physiquement présent.

Vous pouvez cultiver la mémoire de ce grand frère ou cette grande sœur, dans votre quotidien comme lors des dates anniversaires, lors des fêtes de famille. Vous pouvez vous souvenir du nom du bébé ou de son rang dans la fratrie avec vos enfants, leur montrer des photos, etc. Sachez que cultiver la mémoire d’un être cher ne veut pas dire que vous ruminez votre deuil et honorer la mémoire de votre bébé avec vos enfants ne signifie pas qu’ils seront traumatisés. Au contraire, ils sentiront qu’ils font partie de la fratrie, que chacun a sa place et une valeur aux yeux de leurs parents.

Besoin d’un moment pour souffler, pour déposer un peu votre peine avec d’autres parents orphelins? Retrouvons-nous autour d’un café pour en jaser.

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