La perte de l’innocence

Outre le fait d’avoir perdu mon fils, je crois qu’un des moments les plus difficiles fut de le dire à notre fille qui avait à l’époque 4 ans. Comment lui expliquer qu’elle n’allait jamais rencontrer son frère? Comment lui expliquer que son frère était dans mon ventre et que là, il n’y était plus? Comment peut-on rester assez fort pour lui dire que son petit frère était décédé alors qu’on venait de changer toute sa chambre pour pouvoir accueillir son petit frère à ses côtés?

 

Ce moment, où ma fille est venue me voir à l’hôpital en croyant enfin qu’elle allait rencontrer son frère Jayden, fut un des moments les plus difficiles que j’ai eu à vivre. Mais c’est bien grâce à elle que nous avons réussi à surmonter cette dure épreuve. Elle a montré beaucoup de maturité et de force pour nous aider à rester forts, chose qu’un enfant de 4 ans ne devrait pas avoir à faire. Un enfant de cet âge ne devrait pas avoir à consoler ses parents. C’est plutôt le contraire.

 

Certes, lorsqu’on perd un enfant, une partie de nous s’éteint. Nous ne sommes plus les mêmes. Nous n’avons plus la même vision de la vie. Alors, imaginez pour une petite fille de 4 ans qui perd son frère. Ma fille a perdu ce qu’il y a de plus important pour un enfant. Elle a perdu son innocence face à la vie. Le premier deuil qu’elle a eu à faire a été celui de son petit frère. Une partie d’elle s’est également éteinte. Le côté magique de la vie. Le côté où tout est beau, tout est  féérique et qu’on croit encore au père Noël et à la fée des dents. Malheureusement, cette partie de ma fille s’est envolée et a laissé place à un univers de tristesse et de peur. Un univers sombre où la mort existe. Un monde où elle a peur de perdre un autre être cher.

 

En tant que parent, c’est difficile de voir sa fille de 4 ans perdre toute cette innocence. Elle pense souvent à son petit frère. Elle en parle beaucoup tout en se gardant une petite gêne pour ne pas nous faire de la peine. Personne ne devrait vivre ça et encore moins un enfant.

 

Depuis, Leyla a la chance d’avoir une petite sœur, Elyanna. Tout au long de cette grossesse, nous étions tous anxieux. Et oui, tout était possible maintenant. Je voyais bien que Leyla essayait de se détacher de cette grossesse. Elle savait très bien qu’il était possible de perdre ce bébé espoir. Même durant la première année de vie d’Elyanna, on se disait que tout était possible.

 

Aujourd’hui nous avons appris à vivre avec cette possibilité. Je ne crois pas qu’il est possible d’accepter mais nous vivons avec. Depuis l’arrivée de sa petite sœur, Leyla a retrouvé un petit brin d’innocence. Elle parle souvent de son petit frère Jayden mais maintenant, elle le fait avec un sourire. Elle le voit comme un petit ange qui veille sur nous et lorsqu’elle a un problème, elle fait appel à lui, Jayden, son petit frère. Son décès a fortifié notre famille. Nous sommes devenus plus forts mais surtout plus empathiques. La plus belle leçon qu’une personne peut apprendre est que la vie est fragile et qu’il faut profiter de chaque moment avec les gens qu’on aime. Je suis heureuse de voir que ma fille a appris ça à 4 ans. Elle pourra s’épanouir toute sa vie.

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