La place du couple dans le deuil

La place du couple dans le deuil

Ce n’est une cachette pour personne : le deuil  ébranle. En tant que personne, en tant que couple. Bien que pour ma part, mon couple ait trouvé sa force dans nos liens tissés serrés, ce n’est pas le cas pour tous. La maladie, la perte d’un enfant, c’est  une tornade qui ne laisse que des débris sur son passage. Il faut reconstruire avec les résidus que nous retrouvons sur notre parcours. Il faut se rebâtir en tant que personne et retrouver sa place au sein du couple. Retrouver un équilibre pour être deux à reconstruire ce que la perte a laissé comme dommage. Je me permets de vous proposer quelques conseils afin de tenir à deux ce parapluie qui vous protégera des gouttes d’eau qui vont continuer de tomber, longtemps après que la tempête soit passée.

 

Le premier que je peux donner est  démontrer, en tout temps, du respect à notre conjoint/te. Respecter le fait que nos émotions et la façon de les véhiculer soient différentes. Le respect du rythme et des besoins de notre conjoint/te, tout comme les nôtres. Le respect est une base primordiale dans les relations, qu’elles soient professionnelles, amicales ou personnelles. Nous avons malheureusement  tendance à un certain relâchement au sein de nos vies de couple. Pourtant, il est important de garder en tête que pour traverser une tempête, notre conjoint/te est un allié important. Que peu importe comment l’autre vit son deuil, il porte la même souffrance dans son cœur, la même peine.

 

Il va de soi que le prochain conseil que j’ai envie de donner aux parents qui ont de la difficulté à reconstruire leur couple, c’est la communication. Elle est la base de tout. Deuil ou pas, il faut apprendre à se parler. Il est difficile de s’exprimer, mais vous devez apprendre à le faire, en parlant au « Je ». Je crois qu’il peut être bénéfique de vous réserver un temps pour discuter, pour parler de vos émotions, de votre journée, des choses que vous avez trouvé difficiles et pour tenter de trouver des choses positives pour que la communication puisse finir sur une note agréable. Soyez patients, calmes et donnez-vous du temps pour apprendre à communiquer. Trouvez le meilleur moment de la journée ainsi que le meilleur endroit pour vous parler. Mettez en place un contexte gagnant, ne laissez pas vos émotions douloureuses prendre le dessus en accusant ou en portant de mauvaises intentions à votre conjoint/te. Lorsque nous souffrons, remettre sur l’autre le poids de notre propre douleur peut être un prétexte. Apprenez à nommer comment vous vous sentez. Cela demande de la pratique, soyez confiants et n’abandonnez pas.

 

Vous me voyez venir : pour se parler, il faut aussi apprendre à écouter. Écouter, c’est être attentif à ce que l’autre nous dit pour l’entendre et le comprendre. Écouter, ce n’est pas utiliser les paroles de l’autre comme une arme lorsque nous sommes en colère. Si vous avez tendance à le faire, votre écoute est encore à travailler. L’écoute nous porte souvent à réfléchir et témoigner d’empathie face à notre conjoint/te. Si l’un ou l’autre ne se sent pas respecté lors des échanges, il se peut que le moyen de défense devienne le mutisme et ce n’est pas ce qui facilitera le rapprochement du couple.

 

Soyez indulgents, apprenez à vous pardonner respectivement, à demander pardon lorsque vous faites fausse route. Il n’est pas nécessairement facile d’être indulgent lorsque tout notre être crie à l’injustice de la perte qui nous afflige. Il n’y a pas de coupable. Accueillez plutôt votre conjoint/te avec compassion et amour. Avec le temps et la pratique du respect, de la communication et de l’écoute, tout deviendra plus facile. Soyez aussi indulgent face à vous mêmes. On ne dit pas toujours la bonne chose au bon moment ou parfois, nous ne nous montrons pas présent et réceptif à l’autre lorsqu’il est temps de communiquer. Demandez pardon et reprenez-vous, il est toujours possible de faire mieux. Ne vous fermez pas à vous-même.

 

La considération est une valeur primordiale. La considération, c’est donner de l’importance à l’autre dans notre vie, lui porter attention. Après un décès, tout notre être est ébranlé. Ainsi, savoir que nous avons de l’importance au yeux de notre conjoint est un sentiment réconfortant. La douleur est si vive que nous avons l’impression de nous consumer vivant. Baissez vos exigences face à l’autre. Soyez courtois et impliquez-vous dans son quotidien. Les petites attentions, sont pour l’homme comme la femme, des marques d’affection et de considération fort appréciées. Gardez toujours en tête que vous êtes deux personnes blessées qui ont besoin de douceur. L’enfant en vous est affolé, perdu, sans repères. C’est réconfortant de savoir qu’une personne qui nous aime nous considère.

 

Faire des activités en couple est aussi bénéfique. Vous êtes maintenant deux individus marqués d’une grande souffrance. Peut-être que vos intérêts et vos passions sont aussi différents maintenant. Pour notre part, nous aimons jouer à des jeux de société car cela nous permet de parler et rire ensemble. Le temps de qualité que cela m’apporte m’est bénéfique. L’activité physique nous fait aussi le plus grand bien, que soit une simple marche ou un entraînement plus complexe. La proximité physique peut aussi être un obstacle à certains couples. Regarder un film, une télésérie, ou écouter de la musique collés sur le sofa est simple, mais dans la simplicité souvent nous retrouvons une richesse déconcertante. À vous de trouver ce qui peut être possible d’intégrer à vos routines pour apprendre à passer du temps de qualité en amoureux.

Vous pouvez toujours demander l’aide d’un professionnel si vous traversez un moment de crise. Vous êtes deux personnes importantes et blessées au sein du couple. Donnez-vous la chance de marcher vers cet avenir qui est possible après la perte d’un enfant.

 

En somme, il s’agit simplement de se donner de la douceur et du temps. Il faut être patient, car apprendre à s’accueillir demande du temps et des efforts. Malgré le deuil que nous portons, nous avons nous aussi, le droit d’être des personnes heureuses et accomplies.

 

Josée Drapeau est devenue la maman d’une princesse des étoiles de 17 mois en février 2013. C’est grâce à sa plume remplie d’amour et de passion qu’elle a su traverser la douloureuse épreuve de la perte de sa fille. Éducatrice à la petite enfance et responsable d’un service de garde en milieu familial, Josée est une fille passionnée qui mord dans la vie. Elle se laisse guider par l’amour pour sa fille et portée dans ses projets par l’amour de son mari. Josée est de plus l’auteure du livre Naéva, ma princesse, mon ange qui témoigne de l’inexplicable, de la vie et de la mort qui cohabite, du deuil et de l’espoir qui s’unissent (Éditions de la Francophonie).

 

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